mercredi 18 avril 2012

Se noyer par en dedans...

Dans les semaines qui ont précédé mon voyage, j'ai «goalé» comme une vraie dingue. J'avais des listes de courses, des listes de rendez-vous (médecin, ORL, psychologue, garage,...), un petit homme malade, des valises à préparer et les tâches de la maison à m'occuper. J'ai tenté de garder le cap pendant la tempête en me disant que le départ pour notre voyage approchait. Je me disais que ce n'était qu'un coup à donner.

Une semaine avant notre départ, mon médecin a décidé d'ajouter un 2e antidépresseur à ma médication car je me levais à 7h30 et une fois rendue à 10h00 du matin, j'avais un coup de fatigue. Elle m'a dit que ce 2e antidépresseur agirait un peu comme un «boost», que ça me ferait l'effet d'un bon café.

Le vendredi précédant mon départ, je suis à la clinique pour le RV avec l'ORL de mon coco et je croise mon médecin. Je vois dans ses yeux que ça ne va pas. Elle me dit que j'ai l'air épuisée. Je lui dit que ce n'est qu'un coup à donner, que je quitte le lendemain et je lui promet de me reposer.

Nous quittons pour Cancun le samedi matin. Nous sommes levés depuis 2h00 du matin et arrivons à Cancun vers 9h30. Lorsque nous arrivons à notre Hôtel, nous arrivons au Paradis. Tout est simplement parfait.

Le séjour se passe bien. Je le répète, nous étions au Paradis. La nourriture était digne d'un resto «haut de gamme» au Québec (je vous ai d'ailleurs mis quelques photos sur Twitter pendant le voyage), notre chambre était spacieuse, le lit ultra-confortable, il a fait beau et chaud. Nous avions tout pour être heureux. Chéri m'a même lancé à la blague: «Si avec ça tu ne reviens pas reposée, je ne sais plus quoi faire». J'ai eu de bonnes journées, j'en ai aussi eu de moins bonnes... Je me questionnais pendant mon voyage à savoir comment avec la vie que j'ai, je pouvais être dans cet état. Je me demandais comment je pourrais redevenir une personne «normale» et surtout quand... La dernière journée de notre voyage au Paradis, je marchais dans le sable blanc vers la plage et je me questionnais encore: «Qu'est-ce que ça te prend de plus merde? Je sais que tu vois que tu te trouves au Paradis. Je sais que tu apprécies ce que tu vis. Je me demande seulement pourquoi la flambe en toi ne vacille pas? Pourquoi ne vibres-tu pas de bonheur?» J'ai enregistré l'image de mes pieds avançant dans le sable dans ma tête en me disant que lorsque j'irais mieux, ce serait un souvenir fantastique.

Le samedi matin de notre départ, j'étais fébrile. L'air était lourd. Chéri a remarqué lors de notre déjeuner à l'aéroport que ça n'allait pas. Le bruit et tout se monde autour de moi m'agressait au plus au point. Je n'avais qu'une envie, rentrer chez-moi. J'avais envie de leur hurler: «Je suis malade, vous ne pourriez pas arrêter de bouger un peu le temps que je reprenne mon souffle?». L'heure du départ est arrivée, nous sommes embarqué dans l'avion et j'ai l'impression d'avoir retenu mon souffle jusqu'à ce que nos valises soient déposées dans notre voiture.

Nous sommes revenus à la maison, les enfants étaient ravis de nous revoir et il en était de même pour nous. Cependant, une ombre noire planait au-dessus de ma tête. Je n'ai pratiquement pas dormi dans la nuit du samedi au dimanche. Coco pleurait (nous ne le savions pas encore mais lui qui avait terminé ses antibiotiques pour une otite le mercredi précédant en faisait encore une) et moi je me demandais comment j'allais pouvoir m'occuper de mes enfants. Je pleurais intérieurement en réalisant que je n'avais même plus la force de m'occuper d'eux.

Mercredi, après avoir été reconduire les enfants à la garderie, je revenais à la maison en voiture en souffrant intérieurement. Dans les derniers mois, j'avais connu la grande fatigue de la dépression mais pas d'émotions, pas de mal de vivre. Ce jour-là, j'ai pris conscience que ce mal avait trouvé une faille en moi et y était entré. Une question habitait maintenant mon esprit: «Combien de temps pourrais-je vivre en souffrant ainsi?»

Une lumière rouge s'est allumée dans ma tête. Une petite voix m'a poussé à appeler mon médecin. Cette voix me disait: «Tu ne vas vraiment pas bien. Tu dois trouver de l'aide au plus vite. C'est important!»

Vendredi après-midi, j'étais assise en larmes dans le bureau de mon médecin. Épuisement total. J'avais vécu sur l'adrénaline trop longtemps. Elle était partie lorsque j'étais en voyage et maintenant, j'étais au bout du rouleau. Mon médecin m'a expliqué que j'étais en arrêt de travail mais qu'au fond, je n'avais jamais arrêté de travailler car je m'occupais de tout et je courais toujours d'un bord ou l'autre en m'occupant des enfants. Elle m'a parlé d'hospitalisation. Je ne savais plus quoi dire ou faire. Je m'étais demandé durant toute la semaine s'il y avait des endroits où l'on plaçait des gens «comme moi», elle me donnait la réponse. Elle a appelé Chéri en lui disant qu'il devait venir nous rejoindre, qu'elle ne me laissait pas partir seule de la clinique. Chéri est arrivé une demi-heure plus tard. Elle lui a exposé la situation. Nous avions deux choix. Soit je restais à la maison mais je ne devais absolument plus rien faire à part manger, me laver et coller mes enfants ou bien je devais me faire hospitaliser. Chéri a dit que nous n'avions pas vraiment le choix, qu'il s'arrangerait pour que je n'aie rien à faire. Nous nous sommes donnés jusqu'au mardi suivant pour voir si j'arrivais à prendre du mieux à la maison.

Nous sommes mercredi et je suis présentement à la maison. Je ne m'occupe plus de rien (et je n'ai pas mon mot à dire sur la façon dont Chéri gère la maison a insisté le médecin), je dors, je mange et je joue avec les enfants à leur retour de la garderie. Je dois recharger mes batteries.

Nous prenons toute l'aide qui passe et nous nous disons que je vais aller mieux. Quand? On ne le sait pas, mais ça, ça importe peu. L'important, c'est de savoir que ça va aller mieux.

5 commentaires:

Karine a dit…

Tu as bien du courage d'en parler tu sais. Beaucoup ne le font pas.

Je te souhaite d'aller mieux le plus rapidement possible. Mais surtout, prends ton temps. Ne te presse pas. C'est important pour toi, mais aussi pour ta famille.

Repose toi bien ma belle, et laisse aller.
C'et le plus difficile, mais c'est primordial...

Fleur d'âme a dit…

Écoute cette petite voix... celle qui t'a conduite chez ton médecin, celle qui te dit de te reposer, clle qui t'a donné le courage d'écrire ces quelques lignes...

Tu es une personne exceptionnelle, unique et courageuse.

Vie maintenant et accepte l'aide des autres. Ne faut-il pas être parfaite dans notre imperfection?

Je pense à toi très fort xx

small mama a dit…

Tu est définitivement sur la bonne voie. L'important est de savoir ce qu'il se passe et faire ce qu'il faut! Tu est suivie médicalement et, à ce que je constate, bien entourée. C'est l'essentiel.
Trop de femmes dans ta situation ignorent tout simplement les signes et poursuivent comme si de rien n'était... Jusqu'à ce qu'un malheur arrive.

La Belle a dit…

Chapeau ma belle d'avoir su écouter ta petite voix et d'être aller chercher de l'aide.

Tu as des gens extra qui prennent soin de toi et laisse toi gâter le temps que ça prendra.

Je sais combien c'est difficile de lâcher prise, prends une journée à la fois. xxx

Capara a dit…

Merci à vous toutes pour vos beaux commentaires. Ils m'ont été d'un grand réconfort dans les derniers jours.